Interview : Anastacia en tournée en Europe avec l’album « Resurrection »

 

Anastacia - Resurrection (2014)

Anastacia – Resurrection (2014)

Au mois de mars dernier, j’ai eu l’occasion de rencontrer Anastacia dans le cadre de la sortie de son nouvel album, Resurrection. Cet entretien a été diffusé en trois chroniques vidéos sur Closer.fr, mais seules quelques réponses de la chanteuse avaient été mises en avant, alors que l’interview avait duré une vingtaine de minutes. En voici l’intégralité, à l’occasion du lancement de sa tournée européenne, qui débute le 19 octobre à Bruxelles, et qui passera par Paris le 16 novembre.
Read the interview in English.

Anastacia, mars 2014

Anastacia, mars 2014

On est là pour parler de votre nouvel album, Resurrection. Ce nouvel album se rapproche beaucoup de ce vous avez pu faire par le passé, notamment sur l’album Anastacia (2004). C’était une volonté de revenir vers ce qui a fait votre succès ?
Anastacia :
J’ai toujours été cette artiste, celle qui faisait du sprock (soul, pop and rock). On m’a fait changer de style musical quand j’ai changé de maison de disques (en 2008, pour l’album Heavy Rotation, Anastacia signe chez Universal après huit années passées chez Sony, ndlr). Donc pour ce nouvel album, je n’ai pas eu à me forcer et ce n’était pas un problème pour moi de revenir à ce style-là, parce qu’il me correspond. Et même si ce n’est pas tout à fait ce qui se fait en ce moment ou ce qui passe en radio et en télé, j’ai le sentiment que ça me montre telle que je suis. Et je reste fidèle à ce que je sais faire.

Vous venez de faire référence à l’album Heavy Rotation (2008), qui avait bien moins marché que les précédents. C’est un album que vous n’aimez pas ? Vous regrettez de l’avoir sorti ?
Non, je ne regrette pas du tout cet album. C’était… une expérience. J’arrivais dans une nouvelle maison de disques, ce qui était mon choix, puisque je suivais mon directeur artistique. Ils étaient plus branchés R&B, mais ça ne me dérangeait pas forcément. J’étais conseillée par de sacrées pointures. Mais ça ne me correspondait pas vraiment. Ce n’était pas ce que mes fans aimaient ou attendaient de moi. Au final, la décision de partir a été simple à prendre. Nous n’étions pas sur la même longueur d’ondes.

Pochette du single Stupid Little Things (avril 2014)

Pochette du single Stupid Little Things (avril 2014)

Cet album Resurrection, qui arrive deux ans après It’s A Man’s World (2012), qui n’a connu qu’une sortie limitée, et qui marque votre retour dans une grande maison de disques, vous le considérez comme votre cinquième ou sixième album ?
Quand l’album It’s A Man’s World est sorti, c’était un peu une manière pour moi et pour BMG de prendre la température auprès du public. C’était un projet très divertissant et surtout, j’avais toujours voulu sortir un album de reprises, d’autant plus des chansons très rock, très masculines… Je suis vraiment très reconnaissante d’avoir pu réaliser ce superbe projet. Je tiens à souligner la production phénoménale de Glen Ballard. J’ai sorti cet album avec l’intention de partir en tournée, mais le cancer du sein m’a été diagnostiqué une deuxième fois, et j’ai donc du arrêter tous mes projets, pour bien plus longtemps que je ne le pensais, car je n’avais pas réalisé que j’aurais autant d’opérations à subir. Mais j’ai eu le temps de me soigner comme il le fallait et d’écrire de superbes chansons pour l’album Resurrection. Je ne sais pas si ces chansons auraient pu voir le jour si je n’avais pas vécu cette épreuve.

J’aimerais parler de certaines chansons de ce nouvel album. La chanson Lifeline est un titre très puissant mais très triste à la fois. Comment est né ce titre ?
Pour dire la vérité, je n’ai pas écrit ce titre. Je mets rarement des chansons écrites par d’autres personnes sur mes albums. Mais cette chanson m’a interpellée. Quand j’ai entendu Lifeline, écrite par mon co-producteur Jamie Hartman (producteur britannique qui a travaillé avec Jason Mraz, Natalie Imbruglia ou encore Christina Aguilera), j’ai été totalement submergée. Elle faisait écho à tellement écho à ce que je ressentais à l’époque. Certaines paroles comme « killing a friend » (tuer un ami, ndlr) le dérangeaient, mais je trouvais ça parfait. Pour moi, Lifeline est une chanson que je pourrais chanter au cancer. Et l’idée l’a intrigué et séduit. J’ai donc enregistré la chanson en m’adressant au cancer, et « killing a friend » pour moi, c’était cette partie de mon corps à laquelle j’en voulais et dont je voulais me débarrasser. Donc oui, je me suis sentie… concernée par ce titre, mais d’une bonne manière puisqu’il représente aussi l’espoir, malgré la tristesse des paroles. Je chante que je veux m’en sortir, que je ne veux pas abandonner. C’est ce qui m’a attirée vers la chanson. Et je savais que c’était une chanson que je pouvais interpréter comme j’avais envie de le faire. J’ai parfois le sentiment qu’on peut comparer cette chanson à un film. Si je devais faire un film avec mon histoire, je choisirais cette chanson.

J’ai remarqué que cet album contient… beaucoup de chansons d’amour. Après toutes ces années, l’amour est-il toujours source d’inspiration pour vous ?
L’amour a toujours été source d’inspiration pour moi. Je pense que j’ai beaucoup plus d’amour en moi maintenant que par le passé. J’étais bien trop dans la recherche de l’amour et je me suis rendue compte qu’il fallait s’aimer comme on est. C’est comme ça qu’on devient une meilleure personne, un meilleur compagnon, un meilleur collègue… Je pense que j’ai beaucoup mûri ces dernières années, que ce soit dans mes rapports avec les maisons de disques, dans ma vie privée, avec le cancer… Toutes ces épreuves m’ont rendue… plus douce. Et ça, je ne l’avais pas réalisé avant d’écouter les chansons de l’album. Et là, je me suis dit : « Wow, en fait je ne chante que des chansons d’amour… Quel genre d’artiste suis-je en train de devenir ? ». Mais j’adore ça… J’ai aimé aller chercher cet amour, mais surtout, je me suis rendue compte que la fille rock est toujours là. D’ailleurs dans la version deluxe de l’album il y a une chanson très Aerosmith, avec de grosses guitares et tout ça. Et même dans la chanson Evolution, on peut retrouver ce côté-là de moi, je commence la chanson avec les paroles « Tell me I’m so full of shit ». C’est là que je me suis reconnue.
Capture du clip "Stupid Little Things"

Capture du clip « Stupid Little Things »

On peut parler de la chanson Stay ? J’ai tout de suite pensé qu’il y avait deux écoutes possibles à cette chanson. Une très classique, qui parle d’une histoire d’amour qui se termine mal, et l’autre, plus personnelle, qui relate votre expérience avec le cancer du sein.
Tout à fait. Vous savez, quand j’écris une chanson, je ne veux pas que l’auditeur soit mis de côté. Quand j’écris, même si c’est très personnel, j’aime que d’autres personnes puissent se sentir concernées. J’essaie donc d’utiliser des métaphores qui permettent aux gens de s’identifier.
Ce titre, Stay, a en fait été écrit le jour où j’ai appris que j’allais devoir subir une double mastectomie. C’est une décision difficile à prendre… J’étais en studio d’enregistrement avec Jamie Hartman et il m’a demandé si je voulais interrompre la session. Je lui ai répondu : « Non, je veux écrire une chanson ». Et c’est comme ça qu’on a écrit Stay. Et c’était exactement ce que je ressentais à ce moment-là : « I don’t wanna go, I’m not ready to go yet ».
C’est un titre simple et beau, sans percussions, comme la majorité de mes ballades. D’ailleurs, elles sont plutôt construites autour de cordes. Et c’est l’émotion que je voulais faire passer en tant que chanteuse, en tant qu’auteur. Quand on met trop de percussions, on enlève le pouvoir des mots… Je ne voulais pas que mon album devienne un disque de ballades « classique » comme ceux de Mariah Carey ou Céline Dion – qui font des ballades phénoménales – et donc le fait d’avoir produit des chansons de cette manière me font oublier que justement, ce sont des ballades.

J’ai également envie de parler de la chanson Dark White Girl que, une fois encore, je trouve assez triste…
Ah oui ?
Oui, je trouve que les paroles sont encore une fois assez puissantes, et évidemment, on ne peut s’empêcher de penser à tout ce que vous avez enduré…
Oui… Mais c’est un titre que j’ai voulu chanter pour mes fans. Eux aussi ils connaissent des épreuves et ils me le font savoir. Je voulais qu’ils sachent que c’est normal d’être triste parfois. On n’a pas à être heureux et souriant tout le temps. Tout n’est pas merveilleux…
Mais justement, la mélodie est très rythmée, très up-tempo, très en contraste avec les paroles…
C’est justement la vision que j’ai de la vie. Je n’écris pas une chanson triste pour ensuite la chanter de manière dépressive. Ce n’est simplement pas qui je suis. D’ailleurs dans le refrain, je dis : « I can see the light of day, even through the rainy haze ». Je dis que, malgré tout, je vois une lueur d’espoir. C’est le côté positif de la « Dark White Girl ». Je peux voir la lumière de l’arc-en-ciel, je n’ai juste que quelques nuages à traverser pour l’atteindre. Et c’est le genre de conversation que j’ai avec mes fans. Je voulais faire en sorte qu’il y ait une chanson à laquelle ils se sentiraient connectés à moi, durant les périodes où je ne suis pas en promo ou bien en tournée.

Anastacia, mars 2014

Anastacia, mars 2014

Tout au long de l’album, on ressent une évolution. On commence avec des chansons très tristes et au fur et à mesure qu’on avance, on découvre des titres plus joyeux, jusqu’à la toute dernière chanson, Broken Wings, qui est en quelque sorte un message d’espoir. Est-ce que c’est un peu le voyage que vous avez entrepris vers la reconquête du bonheur ?
Pour moi, les disques sont comme des livres. Ils l’étaient à l’époque en tout cas, et je pense qu’on se dirige à nouveau vers ce format. J’aime faire un album dans lequel je raconte un voyage que j’entreprends, et dans lequel toutes les chansons sont à la bonne place. Pour moi, Broken Wings est un titre très important à cause de l’intensité de ce que j’ai vécu. Quand j’ai été opérée du cancer du sein, les docteurs m’ont ouvert là (elle montre son dos), ont pris des muscles qu’ils ont replacé ici (elle montre sa poitrine).
J’ai un tatouage sur le dos, qui représente une paire d’ailes… J’ai donc utilisé cette métaphore : même avec les ailes brisées, même avec les cicatrices, ou quoi que ce soit, je peux toujours voler… Je peux toujours faire partie de ce monde. Il faut toujours trouver un moyen de s’en sortir. Que ce soit dans le cas d’un divorce, de la perte d’un enfant… toutes ces choses terribles auxquelles nous sommes tous confrontés. Mais on doit toujours trouver un moyen de s’en sortir, car, quand on y arrive, on se souvient que la vie est merveilleuse.

Dans la version deluxe de l’album vous proposez une nouvelle version de votre tube Left Outside Alone (2004). Pourquoi avez-vous ressenti ce besoin ?
Ce qu’il faut savoir, c’est que Left Outside Alone avait été écrite quand j’ai eu le cancer du sein pour la première fois… J’ai adoré cette chanson, qui d’ailleurs a été un gros succès. Mais j’ai toujours voulu en faire une version un peu plus calme. La première version est tellement surproduite qu’on en perd le sens des mots.
Après mon deuxième cancer, j’ai eu l’idée de présenter cette chanson sous un nouveau jour, avec une nouvelle production. J’ai voulu montrer, dix ans après la version originale, comment je l’interprète aujourd’hui. C’était un moyen intéressant de montrer à mes fans la différence entre le procédé d’écriture durant mon premier cancer, et ma vision de cette chanson après mon deuxième cancer. Et je trouve que artistiquement et musicalement, on sent une grosse différence.
En compagnie d'Anastacia

En compagnie d’Anastacia

Anastacia en tournée en Europe du 19 octobre au 20 novembre. De passage à Bruxelles (19 octobre), Zurich (3 novembre) et Paris (16 novembre). Album Resurrection et single Staring at the sun disponibles.

Anastacia en tournée

Anastacia en tournée

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