« Mon voyage en Colombie ? Les filles, elles y sont assez jolies »

Impliqué dans une affaire de trafic de cocaïne, un jeune de banlieue tente d’expliquer qu’il n’était pas au courant des échanges auxquels il participait, entre un gang en Ile-de-France et un gang en Colombie.

L’atmosphère est lourde dans la chambre correctionnelle n˚16 du Palais de Justice de Paris (1er arrondissement) en ce lundi. Les bouteilles d’eau sont nombreuses et les personnes présentes enlèvent écharpes et autres laines. Il faut dire qu’il fait très chaud et que le contraste avec l’extérieur, où le climat d’automne est bien installé, se ressent particulièrement.Au premier rang, un homme d’une vingtaine d’années se tient le visage dans les mains et semble ne pas réagir à ce qui se dit dans la salle. Pourtant, il est en train de se faire juger. M. Tahar est impliqué dans un trafic de cocaïne et il risque une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de détention.

Le jeune homme, originaire de banlieue parisienne et de couleur noire, cache son visage et ne croise le regard des trois juges professionnels qu’à de rares occasions. Il faut dire que l’affaire n’est pas simple et que les avocats de M. Tahar estiment que la peine encourue est trop sévère.

La première implication de l’accusé remonte donc au mois de janvier 2009, date à laquelle il s’est rendu en Colombie, pour remettre une « enveloppe » à Bogota, la capitale, afin de rendre service à un de ses amis, Sofiane B., vraisemblablement chef du réseau. Les avocats soulignent le fait que, même si leur client a été inconscient, rien ne montre qu’il était au courant de ce que contenait l’enveloppe (ce qui ne sera d’ailleurs pas dévoilé durant l’audience), ni qu’il participait à un réseau de trafiquants de drogue.

M. Tahar a accepté de rendre ce service à son ami, car « en Colombie, les filles elles sont plutôt jolies et que, avec 100€, je suis le roi du pétrole ». L’assemblée, constituée d’avocats (scotchés à leurs smartphones) et d’anonymes (qui entrent et sortent dans les chambres selon l’intérêt qu’ils portent aux affaires) réagit à la justification plutôt amusante de l’accusé et certains esquissent un sourire. Les juges, eux, restent de marbre et prennent des notes, tout en fixant l’accusé, toujours très passif.

La défense souligne également qu’une fois sur place, l’accusé a d’abord refusé de se rendre depuis Bogota à Pereira, dans le centre du pays, lorsque sur place, on lui a demandé de transporter une mallette. Ainsi, l’accusé n’aurait plus le rôle du complice, mais celui qui met des bâtons dans les roues et empêche l’opération.

Le fait que M. Tahar ait un casier judiciaire vierge, qu’il sorte d’une détention de seize mois et qu’il n’ait perçu aucun bénéfice de cette opération (si ce n’est d’avoir profité de voyages financés par son ami Sofiane B.), la défense demande un assouplissement de la peine, tout en demandant qu’à l’issue du jugement, l’accusé ne soit pas écroué directement. Enfin, les avocats soulignent que M. Tahar s’est bien conduit lors de sa détention, et qu’il n’a pas peur de la sentence. Au contraire, selon eux, son « pire cauchemar serait de retourner en Colombie ».

Le procès de M. Tahar, continuera demain, mardi, alors que celui de Sofiane B. commencera.

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