Chronique d’un système avorté

Facebook

On fait partie d’une génération particulière. Il suffit de taper un nom et un prénom dans la bonne case pour que le site bleu nous ramène dix ans en arrière. Hier, après presque un an d’utilisation quotidienne, j’ai découvert la magie de Facebook. J’ai retrouvé mon grand amour d’enfance, vous savez, l’amour qui nous fait tenir la main dans les rangs même quand la maîtresse ne nous l’obligeait pas, celui qui nous faisait asseoir côte à côte et dessiner des cœurs sur les ardoises au lieu des lignes d’écritures. Partager son goûter à la récréation. La préférer aux autres parce que c’était elle qui avait les cheveux les plus longs et qui vous gardait toujours un chewing-gum.Puis un jour, vers huit ou neuf ans elle s’en va. Symptôme courant : le déménagement. La famille quitte les HLM pour partir dix kilomètres plus loin. Sauf qu’à huit ans, hormis l’aire de jeux du quartier et la maison des grands-parents, tu ne connais pas grand chose. Alors tu la perds de vue. Et comme tu es jeune, tu t’en remets vite.

Il m’aura fallu presque treize ans pour revoir son visage.

Et là, c’est le drame.

Je passerai outre les diverses couches de maquillage, ou bien le décoloré blond que même Ophélie Winter ou Loana n’ont pas osé essayer. Je ne m’attarderai pas sur les sourcils un brin trop épilés, si bien que l’on peut se demander s’ils ne sont pas également maquillés. Je ne retiendrai que furtivement l’ensemble vestimentaire. On a tous eu des périodes de mauvais goût après tout. Au risque de paraître superficiel, je vais m’attarder sur la silhouette. Le poids. N’ayons pas peur des mots : la grosseur. Alors, évidemment, à vingt-et-un ans, on n’a pas le même corps qu’à huit. Surtout une fille. Mais comment la puberté réussit-t-elle à faire des ravages si importants ? Le petit nez et le regard plissé sont à peine reconnaissables entourés par la graisse qui lui mange le visage. Même le haut noir ne réussit pas à masquer les imperfections : ça déborde de tous les côtés. Il m’en faut pour être étonné voire choqué mais j’avoue que ma main se trouvait devant ma bouche et que mes yeux étaient écarquillés la plupart du temps devant un tel spectacle.

Un regard furtif vers la date de naissance pour m’assurer qu’il ne s’agit pas d’un homonyme particulièrement ressemblant. La seconde d’espoir s’est envolée. Un autre regard vers le statut qui indique, sans surprise aucune, célibataire. Puis je retourne sur mon profil, consulte mes clichés les plus récents. Et je renonce à actualiser mes informations personnelles. Personne n’a à savoir que moi aussi, malgré tout, je suis célibataire. La vie est injuste. Je suis toujours autant superficiel et Facebook vient de gâcher l’un de mes plus beaux souvenirs d’enfance.

On fait partie d’une génération particulière, mais pas privilégiée.

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